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La personnalité peut-elle changer ?

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Le concept de développement personnel est récent (une génération ?) et constitue aujourd’hui un marché florissant : livres, vidéos, stages, coaching…

Le postulat sous-jacent à ce succès est que nous pouvons tous améliorer nos vies, en modifiant (selon les approches) nos comportements, nos attitudes, nos réactions, nos croyances, ou nos schémas mentaux.

Aux injonctions et promesses (dont l’éthique peut être discutable) d’un meilleur soi-même, s’oppose l’adage « les gens ne changent pas ».

Y a-t-il donc une part de notre personnalité qui peut évoluer ? Et si oui, comment ?

>> Lire aussi : Que sont les sciences de la personnalité ?

La partie innée et stable de la personnalité

Les chercheurs ne sont pas tous d’accord sur les chiffres, mais aujourd’hui tous les courants de recherche en psychologie s’accordent sur le fait qu’une part importante de notre personnalité est innée – c’est-à-dire prédéterminée, car acquise dès notre naissance.

Quand nous disons « une part importante », il s’agirait de 40 à 60%, selon les chercheurs !

Deux grandes disciplines se penchent aujourd’hui sur ce sujet : la génétique et la biologie. Les deux ont comme point commun la question suivante : quelle est l’influence de l’environnement sur la partie innée de la personnalité ?

Les apports de la génétique moléculaire

La génétique moléculaire est une discipline issue de la biologie : ses recherches visent à établir des corrélations entre différents gènes et différents traits de personnalité.

Les chercheurs ont pu obtenir des avancées significatives par cette approche dite du « gène candidat » – à entendre au sens de « gène déclencheur de comportement ». On peut citer pour exemple la corrélation forte trouvée entre un niveau bas de dopamine (le gène DRD4), et la recherche de sensations fortes, voire l’appétence au risque.

Mais dans ce domaine, les chercheurs mettent en garde contre les conclusions hâtives et les tentations de « profilage génétique », qui permettrait de cartographier n’importe quelle personnalité, comme dans les meilleures (ou les pires) œuvres de science-fiction.  Les interactions entre génétique et comportement humain relèvent d’un système si complexe qu’il faudra sans doute de nombreuses années pour progresser dans leur compréhension.

Les apports de la génétique comportementale

La génétique comportementale est une discipline de la psychologie visant à mesurer la contribution de la génétique à différents aspects du comportement humain : la personnalité au sens large, mais aussi, plus spécifiquement, l’intelligence, ou les troubles de la personnalité.

En psychologie, c’est un sujet controversé depuis de nombreuses années : quels sont les liens entre génétique et intelligence (ou troubles de la personnalité) ? L’enjeu éthique est énorme : si ces liens sont avérés, qu’est ce qui nous empêcherait de passer de l’explication à la prédiction ?

Les généticiens du comportement nous mettent donc en garde sur les risques d’interprétation ou d’utilisation abusive : en fait, ces scientifiques n’ont pas identifié de causalité directe entre génétique et intelligence (ou troubles mentaux). Les résultats de leurs recherches montrent en effet qu’il existe plutôt un système d’influence mutuelle entre la prédisposition génétique d’une part, et l’environnement (familial, scolaire, professionnel…) d’autre part.

Les apports de la biologie cérébrale : la fascination pour les neurosciences

Bien des coachs et spécialistes en développement personnel se sont engagés dans la voie des neurosciences, pour des raisons assez compréhensibles.

Ces praticiens préfèrent s’appuyer sur une discipline scientifique observable (la biologie), plutôt que sur la psychologie, dont la plupart des concepts ne sont pas directement observables, difficilement mesurables, avec le risque d’interprétations et de constructions subjectives.

Les progrès fulgurants de la technologie (notamment en IRM cérébrale) ont ainsi permis aux chercheurs d’étudier les liens entre le fonctionnement cérébral et le comportement humain : par exemple, dans le cerveau des personnes introverties, le cortex réagirait plus fortement aux stimuli sonores que celui des personnes extraverties.

Mais tout comme pour les apports précédents, ce serait une erreur d’en déduire la toute-puissance du déterminisme (génétique ou biologique) dans la construction de la personnalité : le cerveau est un système tout aussi complexe que l’ADN humain, et il résistera encore longtemps à toute tentative de simplification…

Stabilité de la personnalité, ou changement possible ?

Si on considère que la part génétique/biologique de notre personnalité représente environ 50%, nous avons la partie pré-déterminée, a priori stable. Cela nous laisse donc 50% que nous pouvons changer !

C’est là où que réside tout l’intérêt des modèles de personnalité dits complexes (comme l’Ennéagramme ou les typologies jungiennes), car ceux-ci intègrent dans leur construction les dynamiques et les schémas possibles d’évolution tout au long de la vie.

En d’autres termes, il est donc possible de changer, ou d’évoluer, dans une grande mesure, et les modèles nous donnent un éventail de directions personnalisées.

Qu’est ce qui nous fait changer ?

L’évolution d’une personnalité (qu’on peut nommer en différents termes : maturation, individuation, intégration…) est liée à des facteurs autant externes qu’internes.

  • L’environnement et l’histoire de vie constituent les facteurs externes.
    Par exemple, en typologie jungienne, un enfant Introverti élevé dans une famille à dominante Extravertie apprendra très rapidement à se comporter de la manière attendue et valorisée par ses proches, car ceux-ci représentent son premier groupe social de référence.
    Il faut noter qu’on parle ici de comportement : à l’âge adulte, cette personne ne sera pas devenue Extravertie, mais elle en aura acquis les codes, et pourra les utiliser, tout comme si c’était une seconde langue.

    En Ennéagramme, à chaque base de personnalité vont correspondre des niveaux d’intégration et de désintégration (identifiés par Riso & Hudson). Ces niveaux vont illustrer la manière dont une même personnalité peut manifester des comportements très différents suivant son état, par exemple en réaction au stress ou à différents événements de la vie en général.

  • Du côté des facteurs internes, le processus d’individuation est le principal déclencheur.

    Ce concept clé de la psychologie jungienne décrit le chemin de découverte de soi, et de réalisation personnelle. Nous commençons par grandir par assimilation : nous ajustons notre comportement en fonction des attentes de nos proches et de nos groupes sociaux, entre conformité et rébellion. L’individuation nous apprend à nous différencier et à “devenir qui nous sommes”, soit une personne unique.
    C’est un processus psychique par lequel nous intégrons progressivement les différents aspects de notre personnalité, et ce processus se déroule tout au long de notre vie – avec plus ou moins de conscience et de réussite !

En synthèse…

Les gens ne changent pas… sauf s’ils veulent changer 🙂

Que ce soit à cause d’un flash existentiel, ou d’une prise de conscience suite à un événement tragique, ou encore de l’observation d’une répétition de schémas de vie : les motivations d’un profond désir de changement peuvent être multiples. Mais nous sommes seuls à pouvoir en décider !

Les modèles de personnalité offrent alors une grille de lecture riche et précieuse pour les deux parts de notre personnalité :

  • Mettre des mots sur les premiers 50%, c’est-à-dire la partie « innée » et stable de notre personnalité : la base et la réactivité instinctive en Ennéagramme, les préférences cognitives en typologie jungienne…
    Ce sont les 50% avec lesquels nous poursuivrons notre chemin dans le monde, quoi qu’il arrive.
  • Travailler sur les 50% mobiles, ce qui veut dire identifier et explorer les chemins d’évolution et de transformation personnalisés qui nous sont ouverts, et décider en conscience de celui que nous voulons prendre.

>> Lire aussi : Quelles applications des sciences de la personnalité à nos vies personnelles ?